La méthode DCF (discounted cash flows, ou actualisation des flux de trésorerie) évalue une entreprise par la somme de ses flux de trésorerie disponibles futurs, actualisés au coût moyen pondéré du capital. On prévoit les flux sur un horizon de cinq à dix ans, on y ajoute une valeur terminale pour la suite, puis on retire la dette nette pour obtenir la valeur des titres.
C’est la méthode de référence des évaluateurs, parce qu’elle fait apparaître chaque hypothèse qui fait la valeur.
Où vous aurez besoin de la méthode DCF
La DCF est la méthode qui relie la valeur à ce qui la fonde : le cash que l’entreprise produira et le risque qu’il porte.
Cession et acquisition
Acheteur et vendeur construisent chacun leur DCF : la négociation porte ensuite sur les hypothèses qui font l’écart.
Levée de fonds
Un investisseur en capital confronte la DCF du business plan au prix demandé, et au rendement qu’il attend à la sortie.
Projet d’investissement
La même logique, appliquée à un projet, donne la VAN : on investit si les flux actualisés dépassent la mise de départ.
Ouverture du capital
Entrée d’un partenaire, rachat d’un associé, plan d’actionnariat : la DCF fournit une valeur argumentée, hypothèse par hypothèse.
Tests de dépréciation
Les groupes en IFRS testent chaque année la valeur de leurs activités par des flux actualisés.
Contre-expertise
Savoir lire une DCF, c’est savoir trouver en dix minutes l’hypothèse qui fait le prix : croissance à l’infini, marge normative ou taux.
Évaluer une entreprise par la méthode DCF
De la doctrine qui fonde la valeur aux étapes du modèle : construire le cash, actualiser au juste taux, peser la valeur terminale et assembler sur Excel une valorisation DCF défendable.
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Voir le coursLa formule de la DCF
Les quatre étapes : prévoir les flux disponibles, fixer le taux d’actualisation, le CMPC, calculer la valeur terminale, puis passer de la valeur d’entreprise à la valeur des titres en retirant la dette financière nette.
Le flux disponible part de l’EBE. On retire l’impôt calculé sur le résultat d’exploitation, comme si l’entreprise n’avait pas de dette, les investissements et la hausse du BFR. Les intérêts n’y figurent pas : la dette est prise en compte dans le taux et dans le passage aux titres.
Exemple chiffré : le groupe agro-industriel d’Abidjan
Le flux de l’année 1 : EBE 1 500 M FCFA − impôt normatif 275 (25 % d’un résultat d’exploitation de 1 100) − investissements 300 − hausse du BFR 125 = 800 M FCFA.
| Année | Flux disponible | Facteur à 11,6 % | Valeur actuelle |
|---|---|---|---|
| 1 | 800 | 0,896 | 717 |
| 2 | 900 | 0,803 | 723 |
| 3 | 1 000 | 0,719 | 719 |
| 4 | 1 080 | 0,645 | 696 |
| 5 | 1 150 | 0,578 | 664 |
| Somme des flux actualisés | 3 520 | ||
| Valeur terminale : 1 150 × 1,03 / (11,6 % − 3 %) = 13 773 | 0,578 | 7 956 | |
| Valeur d’entreprise | 11 476 | ||
| − dette financière nette | − 2 500 | ||
| Valeur des titres | 8 976 |
Montants en M FCFA ; CMPC de 11,6 % calculé sur la page du CMPC ; croissance à l’infini de 3 % (hypothèse).
Ce que l’analyste retient. La valeur terminale pèse 69 % de la valeur d’entreprise : l’essentiel de la valeur se joue au-delà de l’année 5. Un point de CMPC en plus fait perdre 1 231 M FCFA, soit 11 % de la valeur.
La matrice de sensibilité
Une DCF ne se présente jamais sans sa sensibilité aux deux hypothèses qui pèsent le plus : le taux et la croissance à l’infini. Valeur d’entreprise de l’exemple, en M FCFA :
| CMPC | Croissance 2 % | Croissance 3 % | Croissance 4 % |
|---|---|---|---|
| 10,6 % | 11 857 | 13 033 | 14 565 |
| 11,6 % | 10 578 | 11 476 | 12 610 |
| 12,6 % | 9 542 | 10 245 | 11 111 |
De 9 542 à 14 565 M FCFA : avec des hypothèses toutes défendables, la valeur varie de plus de 50 %. C’est pourquoi on croise la DCF avec la méthode des multiples et qu’on livre une fourchette, pas un chiffre.
Pour refaire ce calcul étape par étape, le modèle Excel « DCF simplifié, une étape par onglet », avec ses deux matrices de sensibilité, se trouve dans les ressources XELANC.
Erreurs fréquentes
- Une croissance à l’infini trop élevée. Elle ne peut pas dépasser durablement la croissance nominale de l’économie : au-delà, l’entreprise finirait plus grosse que son pays.
- Une dernière année non normative. Si l’année 5 porte encore des investissements de croissance ou un BFR en hausse, la valeur terminale hérite d’un flux faux.
- Mélanger les devises. Des flux en FCFA s’actualisent à un taux en FCFA, des flux en dollars à un taux en dollars.
- Oublier une dette dans le passage aux titres. Crédit-bail, dettes sociales échues, provisions pour risques : tout ce qui a le caractère d’une dette se retire de la valeur d’entreprise.
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Questions fréquentes
Qu’est-ce que la méthode DCF ?
C’est la méthode d’évaluation qui estime la valeur d’une entreprise par la somme de ses flux de trésorerie disponibles futurs, actualisés au coût moyen pondéré du capital, plus une valeur terminale pour les années au-delà de l’horizon de prévision.
Comment calculer la valeur terminale ?
Le plus souvent avec la formule de Gordon-Shapiro : flux de l’année suivant l’horizon / (CMPC − taux de croissance à l’infini). On la vérifie par un multiple de sortie, et on regarde son poids dans la valeur totale.
Quelle est la différence entre valeur d’entreprise et valeur des titres ?
La DCF des flux disponibles pour tous les financeurs donne la valeur d’entreprise. Pour obtenir la valeur des titres, on retire la dette financière nette et les intérêts minoritaires, et on ajoute les actifs hors exploitation.
Sur combien d’années faire les prévisions ?
En général cinq à dix ans : assez pour que l’entreprise atteigne un rythme de croisière, pas plus que ce que l’on peut raisonnablement prévoir. La dernière année doit être normative, car c’est elle qui fonde la valeur terminale.
Termes liés
Métiers qui utilisent cette notion : analyste fusions-acquisitions, analyste private equity, consultant financier.
Sources
- Aswath Damodaran (NYU Stern), données de primes de risque par pays et de bêtas sectoriels, mises à jour chaque année. pages.stern.nyu.edu/~adamodar
- Formule de Gordon-Shapiro (croissance perpétuelle) et actualisation des flux disponibles : définitions usuelles de l’évaluation d’entreprise.
- Exemple d’Abidjan : cas d’illustration XELANC, chiffres non issus de comptes publiés ; flux, croissance à l’infini et dette nette sont des hypothèses. Calculs : facteur = 1 / 1,116^t ; valeur terminale = 1 184,5 / 0,086 = 13 773 ; 3 520 + 7 956 = 11 476 ; 11 476 − 2 500 = 8 976 ; 7 956 / 11 476 = 69 %.



