La méthode des multiples évalue une entreprise par comparaison avec des sociétés semblables : on calcule, pour un échantillon de comparables, le rapport entre leur valeur et un agrégat comme l’EBITDA ou le résultat net, puis on applique ce multiple à l’entreprise évaluée. On distingue les multiples boursiers, tirés de sociétés cotées, et les multiples de transactions, tirés de rachats récents.
C’est la méthode la plus rapide et la plus parlante en négociation ; elle se croise toujours avec la méthode DCF.
Où vous aurez besoin de la méthode des multiples
Les multiples disent ce que le marché paie aujourd’hui pour des entreprises semblables : c’est la référence que toute négociation finit par citer.
Fusions-acquisitions
Un premier prix se cale souvent en multiple d’EBITDA, avant même la première DCF.
Contre-vérification de la DCF
Une DCF qui donne 15 fois l’EBITDA quand le secteur se paie 8 fois doit s’expliquer : les multiples servent de garde-fou.
Capital-investissement
Les fonds raisonnent en multiple d’entrée et de sortie : le rendement de l’opération en dépend directement.
Financement d’acquisition
Les prêteurs limitent la dette d’un rachat en multiple d’EBITDA : la valeur et la dette se lisent avec la même grille.
Introduction en bourse
Le prix d’introduction se fixe par rapport aux multiples des sociétés déjà cotées du secteur.
Entrée ou sortie d’un associé
Un pacte d’associés fixe parfois le prix de rachat des parts en multiple d’un agrégat : encore faut-il le définir avec précision.
Évaluer une entreprise par les multiples boursiers
Construire un échantillon de comparables qui tient, calculer et retraiter les bons multiples, puis livrer une fourchette de valeur des fonds propres défendable, sur un cas complet dans Excel.
Cours de niveau intermédiaire · 39 €
Voir le coursLes multiples les plus utilisés
| Multiple | Ce qu’il rapporte | Quand l’utiliser |
|---|---|---|
| VE / EBITDA | valeur d’entreprise / EBITDA | le cas général : neutre vis-à-vis de la dette et des amortissements |
| VE / EBIT | valeur d’entreprise / résultat d’exploitation | secteurs à forts investissements, où les amortissements comptent |
| VE / chiffre d’affaires | valeur d’entreprise / ventes | sociétés jeunes ou en perte ; le moins fiable |
| PER | capitalisation / résultat net | valeur des titres de sociétés à structure financière comparable |
| Cours / actif net | capitalisation / capitaux propres | banques, assurances, holdings |
La règle de cohérence. Un multiple de valeur d’entreprise s’applique à un agrégat avant frais financiers, et donne une valeur d’entreprise dont on retire la dette financière nette. Un multiple de capitaux propres, comme le PER, donne directement la valeur des titres.
Les cinq étapes
- Construire l’échantillon. Même métier, même modèle économique, taille, croissance et risque proches ; cinq à dix sociétés, retenues ou écartées avec un argument.
- Calculer les multiples. Valeur d’entreprise de chaque comparable (capitalisation + dette nette), rapportée à des agrégats de la même année et de la même définition.
- Arrêter le multiple de référence. La médiane plutôt que la moyenne, qu’une seule valeur extrême peut fausser ; on retient une fourchette entre premier et troisième quartile.
- L’appliquer à la cible. Sur un agrégat normatif, retraité des éléments exceptionnels.
- Passer aux titres et ajuster. Retirer la dette nette, puis discuter une décote d’illiquidité pour une société non cotée, ou une prime de contrôle pour un rachat majoritaire.
Exemple chiffré : une société de logistique à Casablanca
| Comparable | VE / EBITDA | PER |
|---|---|---|
| Société A | 6,8 | 12 |
| Société B | 7,5 | 14 |
| Société C | 8,2 | 15 |
| Société D | 9,0 | 16 |
| Société E (forte croissance) | 12,5 | 22 |
| Médiane | 8,2 | 15 |
| Moyenne | 8,8 | 15,8 |
La cible : EBITDA 150 M MAD, résultat net 60 M MAD, dette financière nette 300 M MAD.
Par l’EBITDA : 150 × 8,2 = 1 230 M MAD de valeur d’entreprise, soit 930 M MAD pour les titres. Entre le premier et le troisième quartile (7,5 et 9,0) : de 825 à 1 050 M MAD. Par le PER : 60 × 15 = 900 M MAD. Les deux approches se recoupent autour de 900 M MAD.
Ce que l’analyste retient. Avec la moyenne au lieu de la médiane, la société E, qui croît bien plus vite, aurait ajouté 90 M MAD à la valeur. Et pour une société non cotée, une décote d’illiquidité de 15 % (hypothèse d’illustration, à justifier) ramènerait la valeur des titres de 930 à environ 790 M MAD.
Pour aller plus loin, le pack « Les multiples » propose 16 prompts testés pour mener l’exercice avec l’IA, et le modèle Excel « Évaluation par les multiples boursiers », réservé aux abonnés, déroule le cas MÉRIDIA complet.
Les multiples sur les marchés africains
La BRVM, bourse régionale commune aux huit pays de l’UEMOA, compte moins d’une cinquantaine de sociétés cotées, et la Bourse de Casablanca quelques dizaines de plus. Dans de nombreux secteurs, l’échantillon local se réduit à deux ou trois sociétés.
On l’élargit alors à d’autres marchés émergents, en corrigeant les écarts de croissance, de risque et de liquidité, et on donne plus de poids à la DCF. Les transactions comparables, elles, sont rarement publiées avec leur prix : leur usage demande des sources fiables et beaucoup de prudence.
Erreurs fréquentes
- Comparer des sociétés seulement parce qu’elles sont du même secteur. Un distributeur et un fabricant du même secteur n’ont ni les mêmes marges ni les mêmes multiples.
- Mélanger les définitions. Un EBITDA en IFRS 16 et un EBITDA en SYSCOHADA ne se comparent pas sans retraitement des loyers.
- Appliquer un PER à une société très endettée. Le résultat net y dépend des frais financiers : on passe par la valeur d’entreprise.
- Oublier qu’un multiple boursier est un prix de minoritaire. Pour un rachat majoritaire, il faut une prime de contrôle, ou des multiples de transactions.
Évaluer une entreprise par les multiples boursiers
Le cours va jusqu’aux limites de la méthode : pièges de données, sociétés sans EBITDA, holdings, banques et immobilier, et quand changer de méthode.
Cours de niveau intermédiaire · 39 €
Voir le coursLes autres cours disponibles sur le sujet
Comment évaluer une entreprise
Situer la valeur dans le deal qu’elle sert, délimiter son périmètre et calculer la dette nette qui fait le passage aux capitaux propres.
Cours de niveau fondamental · 19 €
Voir le coursÉvaluer une entreprise par la méthode DCF
Ramener la valeur au cash actualisé : flux, taux, valeur terminale et modèle Excel, pour croiser avec les multiples.
Cours de niveau intermédiaire · 29 €
Voir le coursChaque cours s’achète seul. L’abonnement mensuel, à 29 € par mois et sans engagement, ouvre tous les cours XELANC.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la méthode des multiples ?
C’est une méthode d’évaluation par comparaison : on observe le rapport entre la valeur et un agrégat financier (EBITDA, résultat, chiffre d’affaires) pour des sociétés comparables, puis on applique ce rapport à l’entreprise à évaluer.
Quel multiple choisir ?
Le multiple de valeur d’entreprise sur EBITDA est le plus courant, parce qu’il neutralise la structure financière et la politique d’amortissement. Le PER sert pour les capitaux propres, le multiple du chiffre d’affaires pour les sociétés encore en perte, le multiple de l’actif net pour les banques.
Multiples boursiers ou transactions comparables ?
Les multiples boursiers viennent des cours de sociétés cotées : ils donnent une valeur de minoritaire. Les transactions comparables viennent de prix payés lors de rachats : ils incluent une prime de contrôle. On choisit selon l’opération à valoriser.
Peut-on utiliser la méthode des multiples en Afrique ?
Oui, avec précaution : les sociétés cotées comparables sont peu nombreuses sur les bourses africaines et les transactions publiées sont rares. On élargit l’échantillon à d’autres marchés émergents, en corrigeant les écarts de risque, de croissance et de liquidité.
Termes liés
Métiers qui utilisent cette notion : analyste fusions-acquisitions, analyste private equity, consultant financier.
Sources
- BRVM, Bourse régionale des valeurs mobilières (UEMOA) : liste des sociétés cotées. brvm.org
- Bourse de Casablanca : sociétés cotées. casablanca-bourse.com
- Aswath Damodaran (NYU Stern), données de primes de risque par pays et de bêtas sectoriels, mises à jour chaque année. pages.stern.nyu.edu/~adamodar
- Exemple de Casablanca : cas d’illustration XELANC ; les sociétés A à E sont fictives et leurs multiples ne sont pas des données de marché. Calculs : médianes 8,2 et 15 ; moyennes 44 / 5 = 8,8 et 79 / 5 = 15,8 ; 150 × 8,2 − 300 = 930 ; 150 × 8,8 − 300 = 1 020 ; 930 × 0,85 = 790,5.



